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[Roman] Je refuse de partir - Chapitre 1

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Rédigé par GalWii

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Le

Certains le savent peut-être, l'écriture est une grande passion pour moi. Ainsi, au delà des tests écrits que je réalise pour ConsoleFun, j'écris également des poèmes et des romans. Pour vous, je vous offre le premier chapitre d'un nouveau roman à venir intitulé "Je refuse de partir".

 

1

 

Comme tous les samedis soirs, je me prépare à sortir. J'enfile ma plus belle chemise, me parfume délicatement et finit de m'habiller. La sortie du samedi est toujours un événement pour moi. Bien que la salle de concert du coin ne soit pas aussi grande et populaire qu'un zénith, elle me permet tout de même de me vider la tête de tous les problèmes accumulés durant la semaine. Tous les petits tracas de la vie moderne qui usent l'esprit, qui fatiguent nos corps sans faire l'impasse sur le temps qui s'écoule trop rapidement. La sortie du samedi revêt une grande importance à mes yeux car c'est pour moi l'occasion de découvrir des groupes de la scène montante : des groupes hétéroclites qui essaient de se faire connaître avec des musiques novatrices et rafraîchissantes. Beaucoup de rock, un peu de jazz, un peu de rap sans oublier de la chanson Française, je n'ai encore jamais vu se produire dans cette salle un groupe qui n'avait pas la carrure pour aller loin. Récemment, j'ai appris que des groupes tels que FAUVE ou encore Woodkid était passé par là avant de vivre la célébrité et la diffusion qu'on leur connaît. De plus, les spectateurs du Bar 'o Jazz sont un très bon public et n'hésitent jamais à encourager les jeunes artistes qui appréhendent un peu la foule. Au delà de la musique, le samedi est également le seul soir de la semaine où je peux profiter de mes amis. Ceux avec qui je me sens libre, les seuls sur qui je peux compter en cas de coup dur et avec qui j'ai vécu tant de belles choses. Certains, comme Stan et Clarisse, vivent ici depuis très longtemps maintenant tandis que les autres habitent un peu plus loin et ne sont pas toujours disponibles quand je le voudrais. Une raison de plus de profiter de ces instants rares et uniques. Je jette un rapide coup d’œil à l'horloge du salon pour me rendre compte que je viens de perdre un temps précieux pour la soirée qui s'annonce. Je m'assure d'un bref regard dans le miroir que je suis présentable, ferme la porte de mon appartement et m'élance en direction du Bar'o Jazz.

C'est Stan qui m'a fait découvrir cet endroit pour la première fois, lors de notre toute première sortie ensemble depuis mon déménagement ici. J'ai d'abord trouvé cette salle trop petite, remplie de gens insignifiants et mal habillés. Il ne semblait résider en ce lieu aucune chaleur humaine, chaque endroit de la salle ne paraissait guère se prêter au contact, c'était austère. Je me suis rapidement senti mal à l'aise dans cette salle froide à l'éclairage trop médical, trop brut. Le regard des gens ne m'aidait pas à me sentir bien, je me sentais observé, jaugé et jugé comme si ils savaient tous que je n'avais jamais mis les pieds ici auparavant et que je ne faisais pas parti de leur clan. Cette impression me rappelait les salles des fêtes municipales qu'on rencontrait, gamins, lorsqu'on faisait nos premières fêtes et qu'on apprenait chacun notre tour à jouer aux grands. Cependant, même si cette première soirée en compagnie de Stan avait freiné mon enthousiasme, je n'ai pas eu le cœur à refuser ses invitations suivantes ; j'ai même fini par apprécier cette salle que je détestais auparavant. Je pense que cette mauvaise première impression venait d'abord d'un à priori. Avant de vivre ici, je me trouvais dans une grande ville qui dispose d'une très belle salle de concert. J'y ai passé des moments forts, rencontré des gens formidables et des groupes de musiques grandioses. C'est pour cette raison que j'ai voulu donner une deuxième chance à cet endroit que j'avais injustement mal jugé. Intentionnellement, je pense avoir délibérément décider de ne pas apprécier cet endroit car je n'acceptais pas le fait d'avoir été obligé de déménager. Il y a quelques mois, alors que je commençais à prendre ma vie en main et que mon travail de responsable de communication se déroulait sans accros, j'ai été contraint de quitter mon poste du jour au lendemain lors d'une vague de licenciements imprévue. Par chance, j'ai rapidement retrouvé un poste similaire dans la région même si il fallait pour ça abandonner tout ce que j'avais construit là-bas. Les amis, les voisins, les collègues de travail, mon appartement et surtout cette femme, Eva. Cette femme que j'ai aimé en secret, cette femme avec qui je me suis imaginé flirter l'espace d'un instant, cette femme avec qui je me suis laissé aller à planifier des projets osés mais jolis.

Sur la route, toujours en direction de la salle qui ne se trouve qu'à quelques minutes de chez moi, la vibration d'un appel téléphonique me sort de mes pensées. Stan s'inquiète de ne toujours pas me voir alors que le temps passe ; je savais bien que j'étais en retard. Je lui assure que tout va bien et que je suis en chemin quand j'arrive à quelques pas de la rue du Bar'o Jazz. Dehors c'est le calme absolu, à peine peut-on distinguer le bruit d'une télévision à travers les volets fermés des habitants du quartier. Avant de prendre la décision d'emménager dans cette ville, certains membres de ma famille m'avaient conseillés de choisir un endroit moins reculé dans la région. Même si il est vrai que je ne vis pas dans une grande ville, je l'apprécie beaucoup. Bien que sa population soit un peu vieillissante, on y vit dans le calme et la sérénité. Beaucoup de jeunes couples viennent s'y installer pour construire leur famille dans cet environnement sain qui n'a jamais connu le harcèlement ni la violence.

Après quelques minutes de marche, j'arrive enfin au niveau de la salle de concert et j'aperçois Stan et les autres s'acclamer de mon arrivée en poussant des cris de soulagement ; je me sens un peu ridicule car ils ont du m'attendre longtemps devant la salle, cherchant à se réchauffer comme ils pouvaient. Les voir tous ici me remplit le cœur d'un sentiment très fort qui me convainc sur la nécessité de rester positif à chaque moment de notre vie. Je suis véritablement heureux de retrouver Stan, Clarisse, Bastien et Adrien, qui est venu pour la première fois avec sa nouvelle petite-amie du nom d'Alice. Une fois les effusions terminées, le groupe s'empresse d'entrer dans le bâtiment pour se réchauffer. Nous payons chacun notre billet et entrons dans la pièce principale où se produit déjà un duo de musiciens métisses. Le plus jeune, qui ne semble pas dépasser les vingt ans, se tient derrière une grosse et belle batterie colorée de tons clairs et chaleureux. Le deuxième membre du duo est bien plus âgé. Il tient dans ses longs bras brillants une très belle basse qu'il manie avec dextérité et élégance. Il semble ne faire qu'un avec son instrument et c'est d'autant plus agréable de le regarder jouer. Le thème de ce soir porte sur le jazz et on peut dire que le duo présent ce soir, sans doute un père et son fils, le maîtrise sur le bout des doigts. En quelques notes, je suis transporté au siècle dernier où naissait le jazz à la Nouvelle Orléans. Plus qu'une musique, ce courant musical était une véritable manière de penser et de vivre. Les mélodies chaudes et entraînantes semblent propager dans la salle un sentiment de bien-être commun. Alternant les rythmes lents et rapides, la musique me donne des frissons à tel point que je peux sentir ma peau frémir. J'oublie les soucis de la veille, j'oublie la grisaille de ces derniers jours, j'oublie mon patron qui m'en demande toujours trop, j'oublie tout même Eva. Une fois la chanson achevée et les applaudissements du public terminés, le bassiste repart sur une nouvelle ligne d'accords, suivis des percussions de la batterie qui ne tardent pas à le rejoindre. La soirée peut enfin commencer.

 

A peine le concert vient de débuter que la salle semble déjà bondée. Par chance, nous arrivons à nous situer à une distance raisonnable de la scène en nous faufilant à travers une foule hétéroclite, composée de spectateurs provenant de tous les horizons. Des jeunes comme des séniors, des locaux comme des inconnus, l'avantage du jazz comme de la musique en général se trouve dans sa capacité à abolir les frontières que nous impose la société moderne. J'ai toujours aimé la musique, aussi je trouve ça merveilleux que l'on puisse se réunir autour d'une passion commune. Plus les minutes passent et plus les deux musiciens de ce soir arrivent à gagner la confiance et la sympathie du public. Dotés d'un talent certain que j'envie, la douceur et la chaleur de leur musique ne tarde pas à envahir rapidement l'ensemble de la pièce. Stan et Clarisse, plus amoureux que jamais, dansent enlacés au rythme de la musique les yeux fermés et les cœurs en émoi. Alice et Adrien s'apprivoisent tendrement en se délivrant une série de baisers et de caresses que rien ne semble vouloir arrêter. Bastien quant à lui, quelque peu esseulé entre les deux couples, bouge son corps et sa tête au rythme lent de la musique. Dans cette salle, c'est vrai qu'on a rarement l'occasion et la chance d'apprécier du jazz -les organisateurs préfèrent diffuser du rock et de la chanson française- mais je ressens toujours cette même sensation lorsque j'en écoute. Un sentiment d'apaisement, de bien-être, comme une sorte de paix intérieure.

Une autre chanson vient de se terminer. Je profite de ce temps-mort pour aller chercher des boissons que mes amis acceptent avec plaisir quand je leur propose. Une fois arrivé au comptoir et ma commande passée, je profite de ma position pour examiner l'ensemble de la salle. Comme le comptoir est situé sur une sorte d'estrade, je peux facilement distinguer toute la foule présente ce soir. Les gens semblent être majoritairement venus en groupe et en famille. A la vue de la satisfaction qui se lit sur le visage des gens, ils semblent apprécier la musique de ce soir. Après tout, qui n'aime pas le jazz ? Mais alors que mon regard balaie la salle, mon attention se porte subitement sur un homme. Un homme seul, vêtu d'un vieux blouson de cuir usé et d'un pantalon gris foncé. Il porte sur son visage les traces d'une vie qui ne l'a pas épargné. Les yeux cernés, le front et les pommettes ridées, cet homme me donne l'impression d'avoir connu bien des malheurs durant sa vie. J'aimerais l'aider, le réconforter de sa solitude et réparer les dégâts causés par l'existence. Pourtant, aussi rassurant que ça puisse l'être, cet homme ne semble pas souffrant. Je ne le vois pas abattu par sa présente solitude et celui-ci semble même plutôt heureux et serein d'être ici ce soir. Profitant de la musique un verre à la main. J'admire cet homme. Seul, sans aucune compagnie pour partager son bonheur, il demeure heureux de se trouver dans cette salle. Derrière ce visage où peuvent se lire la fatigue et le temps se cache la sérénité des anciens combattants. Rien ne semble perturber son plaisir, rien ne semble l'atteindre. Il est si calme, si humain, il prend la mesure de chaque instant de la vie à son avantage. Sous les mélodies lancinantes de cette musique jouée en fond, à laquelle des cuivres viennent de s'ajouter, regarder cet homme évoluer au rythme des notes et des bruits revêt de quelque chose de contemplatif. Quelque chose de mystérieux, qui donne à la vie une profonde signification et qui me donne envie d'avancer.

Le barman vient me sortir de ma torpeur en m'annonçant que les consommations sont prêtes. Par manque d'inattention, je n'avais pas un seul instant pensé à ce malheureux détail qu'il y avait trop de boissons pour mes deux seuls bras. Je prie l'homme de bien vouloir attendre mon retour pour le régler et rejoins alors le groupe à la recherche de bras pour m'aider. Bastien me propose son aide avec plaisir, lui qui devait certainement commencer à trouver le temps long entre les deux couples. De tous les membres qui composent notre groupe, Bastien est la personne que je connais le moins. Un jour, alors que je me tenais sur la terrasse d'un café en compagnie de Stan et Clarisse, Adrien est venu nous rejoindre avec un collègue et ami à lui qui ne semblait de prime abord pas très motivé à s'immiscer dans notre groupe. Bel homme d'une trentaine d'années toujours très bien habillé, il lui a fallu un certain temps avant de se sentir en confiance parmi nous. Certes, il n'est pas le garçon le plus loquace que je connaisse mais sa compagnie est toujours agréable et il demeure sous ses airs d'homme tiré à quatre épingles une personne qui aime rire et s'amuser.

_Alors, tu aimes la musique de ce soir ?

_C'est excellent ! reconnut-il. Je n'avais encore jamais entendu de jazz en concert et je dois dire que cette musique me surprend.

Bastien a toujours préféré les musiques plus entraînantes comme le rock ou le rap.

_Pour ta première expérience, tu as la chance de voir un très bon groupe ce soir !

_En effet, ce duo promet d'aller très loin si ils continuent à jouer de cette manière. Tu écoutes du jazz depuis longtemps toi ?

_Je ne pourrais pas te dire exactement depuis combien de temps j'en écoute mais c'est mon style préféré. Il y a tout dans cette musique, le style, le rythme, de nombreux instruments. Je trouve que le jazz est l'une des musiques les plus complètes qui existe.

_En tout cas, tu sembles vraiment passionné ! Tu pratiques d'un instrument ?

_J'ai essayé d'apprendre à jouer du saxophone il y a quelques années, en vain. Je crois que je n'ai pas la patience qu'il faut.

Cette dernière remarque le fit sourire.

_La musique, c'est tout un art. Il faut beaucoup de volonté pour arriver à maîtriser quelque chose. Je fais de la basse depuis cinq ans maintenant et j'ai toujours l'impression d'être au même niveau que lorsque j'ai débuté. C'est terriblement frustrant !

Je ne savais pas que Bastien était fan de musique et encore moins qu'il jouait d'un instrument. Cette information me fit me sentir plus proche de lui.

_Et si on allait profiter de ce très bon jazz avec les autres ? Lui lançais-je.

_Je te suis.

 

C'est qu'il ne fallait pas oublier le reste du groupe. Bien qu'ils n'aient peut-être pas remarqués notre absence, c'est toujours plus agréable de vivre ces moments tous ensemble. Je règle le barman pour les consommations que nous emportons avec Bastien. Une fois les autres rejoints, la soirée se déroule dans une ambiance conviviale même si nous nous sentons quelque peu délaissés par les deux couples. Ainsi, pour pallier à ce manque d'intérêt, nous décidons de migrer de la scène au bar et du bar à la scène, ce qui nous permet de continuer à discuter tout en profitant de la musique. C'est ainsi que j'apprends que Bastien était un ancien agoraphobe qui s'en est courageusement sorti grâce au soutien d'Adrien et de sa famille qui lui ont fait prendre confiance en lui. J'ai également appris au cours de cette conversation qu'il avait toujours habité dans cette ville en me confiant qu'il aimerait bien visiter quelque chose de nouveau. Qu'il avait toujours vécu dans une famille déchirée où seule sa mère était présente, quand son père était trop occupé à boire et à se droguer pour s'occuper de l'éducation de son fils. On imagine souvent très mal la vie des gens qu'on ne prend pas la peine de connaître. J'avais toujours vu en Bastien quelqu'un d'équilibré ayant toujours vécu sa vie de manière simple et sans difficultés. Désormais, alors qu'il se confie à moi comme un ami et qu'il me déballe des détails importants de sa vie, je me sens terriblement honteux de lui répondre que je n'ai jamais eu ce genre de problèmes. Que je l'ai toujours mal jugé, que je ne trouve pas les bons mots pour le réconforter de toute sa profonde tristesse. Je n'ai que ma simple présence et mon sourire sincère à lui offrir mais cela semble lui convenir. La sérénité que je lis sur son visage me rappelle celle de cet homme seul aperçu tout à l'heure. Bastien a vécu et vu des choses qu'il n'aurait jamais dû mais ce sont précisément ces choses qui l'ont amené à devenir celui qu'il est aujourd'hui. Devant sa force et sa volonté, je ressens un profond respect envers lui.

Notre conversation s'étend sur des sujets personnels à des sujets plus commun, comme la musique ou l'actualité. Nous débattons un petit quart d'heure sur la politique actuelle avant de commenter brièvement les différents résultats des équipes sportives locales. Une fois le troisième verre de vin blanc avalé, il est temps pour le concert de s'achever sous un tonnerre d’applaudissements et pour nous l'heure de rentrer. Nous échangeons avec le groupe nos impressions sur la musique de ce soir, profitons de la fraîcheur du dehors avant de se séparer en se promettant de se revoir tous très bientôt. Alors que je suis sur le point de partir, une personne dont l'obscurité de la nuit me cache le visage vient à ma rencontre et me demande si je possède un briquet. Mais tandis que je plonge ma main dans la poche intérieur de ma veste à la recherche du brique, le visage de cette personne m'apparaît alors clair et limpide à mesure qu'elle s'approche de moi. Mon regard se fige, mes muscles se raidissent, je suis pétrifié ; il me semblait bien que cette voix féminine ne m'était pas étrangère. D'un geste, je sors le briquet et fait rouler la pierre qui laisse apparaître une flamme vive et colorée. Une fois sa cigarette allumée et le contact entamé, la femme tira une bouffé de sa cigarette avant de poser le regard sur moi.

_Ravi de te revoir Vincent, me lança t-elle.

Source :www.lesanneesmuettes.fr

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